2 weekends de 4 jours, 6 jours à poser pour ne pas les perdre avant le 31 mai, et voilà les 2 fois 3 jours de posés pour avoir 5 jours pour rallier Grenoble à Nantes puis 2 jours et demi pour rallier Nantes à Cahors avec mon vélo. Une idée folle, un défi qui m'est resté dans la tête et que je ne pouvais pas ne pas tenter.
Jour 1 :
Départ de la tronche à peine avant 8h pour une journée de 143km en 8h35 de pédalage et d'un peu plus de 10h porte à porte en comptant les pauses.
Julien m'accompagne jusqu'à Lyon, facteur déterminant pour rester motivé tout au long de cette étape. Les montées après avoir passé Moirans nous offrent notre premier dénivelé, difficulté majeure de cette première étape car nous cumulerons plus de 1000m de montée jusqu'à Lyon. Nous sommes récompensés par de magnifiques vues sur la vallée de Grenoble, que nous ne connaissions pas encore.
Nous affrontons un fort vent de face au passage du col de colombe. Le moral en prendra un coup car à partir de là, un vent léger mais tenace nous tiendra tête jusqu'à l'arrivée.
Le passage en banlieue lyonnaise est un peu fastidieux mais nous arrivons tout de même jusqu'à Lyon. Un beau morceau qui nous rend heureux d'avoir rallié Grenoble à Lyon assez facilement, sans gros problème pour les jambes ou les fesses.
Je continue sur les bords de Saône et écourte mon étape de 25km (qu'il faudra rattraper les jours suivants) pour faire étape chez ma cousine pour des pizzas réconfortantes et un repos bien mérité.
Jour 2
J'ai survécu, mais franchement c'était dur.
Pourtant toutes les conditions étaient réunies pour que tout se passe bien, une première journée plus courte que prévue, une grosse séance d'étirement, une bonne nuit de sommeil dans une chambre d'amis très calme, un petit déjeuner plein d'énergie.
Mais les difficultés sont arrivées des le départ de Neuville-sur-Saône. Je suis parti avec ma pire ennemie, la pluie. Puis, après avoir installé ma moyenne à quelques 20km/h, même si musculairement je me sentais bien, mes genoux ont fait signe de faiblesse. A cette vitesse, ça tirait. Si je voulais avoir une chance d'arriver avec des genoux fonctionnels, il fallait tout de suite réduire le rythme. S'ajoute à ça le vent de face toujours là et un sacré mal aux fesses. J'avance plutôt tranquillement jusqu'à Mâcon, 3h pour 50km sur le bord de Saône, je recommande cette piste cyclable qui continue jusqu'à Châlons sur Saône pour les amateurs de vélos. Je ravitaille dans une boulangerie qui vendait des sortes de feuilletés maghrébins et des cafés et c'est tout.
J'enchaîne sur la voie verte qui remonte jusqu'à Cluny (là aussi je recommande, pour ceux qui voudrait un peu moins de plat, c'est super joli, pas trop raide et très bien aménagé) et je bifurque un peu avant la fin vers l'ouest.
Les premières difficultés de dénivelés arrivent ensuite. Comme prévu, une montée jusqu'à presque 500m mais ça va, c'était dans le programme. C'est en arrivant à Charolles (les Charolaises viennent bien de quelque part, c'est même évident que c'était la maintenant que c'est dit, mais je ne le savais pas) que je me rend compte de l'entourloupe. Magnifique région, des villages à l'ancienne, des bocages pittoresques, de majestueux
Chênes et cerisiers sur les bords de routes, des charolaises toutes mimi. Le tout dans un coin sacrément vallonné. Alors c'est chouette, mais ça casse les pâtes, et finalement je cumule 900m de dénivelé, presque comme hier. Mais le vrai coup au moral, c'est l'erreur d'itinéraire au 115-ème kilomètre. Ma trace m'emmène dans un chemin impraticable après une descente que je n'ai pas eu la force de remonter. 30 minutes de galère dans la forêt et dans la boue que je me serais volontiers épargné.
Je sors de la région un peu dépité mais vite soulagé car j'ai rejoins le canal du centre. Et qui dit canal, dit plat. Qui plus est, je suis versant océan, donc ça va descendre aux écluses, youpi !
Me voilà donc, filant aussi vite que mes pauvres jambes me laissent avancer. Je rejoins la Loire à Digoin et mon canal devient le canal latéral de la Loire. Je le suis jusqu'à un petit camping tout mignon pour me reposer, après 10h45 de pédalage et 175km d'avalés. On croise les doigts pour que les jambes fonctionnent encore demain...
Jour 3
Ce matin j'ai une petite pensée pour toutes celles et ceux qui vont au boulot et qui ne constatent pas que, pendant la nuit, une pluie de crottes de chenilles s'est abattue sur votre tente.
Sinon, le vélo va bien, l'homme va bien, malgré quelques légères courbatures (je me demande si le vélo en a aussi). J'attaque la journée en bonne forme et sans vent de face. Le moral est à l'image de la météo : grand soleil.
Les 25 premiers kilomètres sur les bords de Loire me permettent de rattraper le temps perdu des deux derniers jours. Le retrouve donc la trace de mon étape du jour qui indique, roulement de tambour, 175km restants. J'ai déjà sacrément mal au c*l, la journée s'annonce longue ! Et puis je suis attendu pour le dîner à Vierzon, alors il va falloir mettre les bouchées doubles.
Voir plus. Bien que je mange déjà habituellement pour deux, là, je mange clairement pour quatre. Pour autant, quand je me suis réveillé à 4h du matin cette nuit, j'aurais bien mangé un gros Burger frites en plus...
Il est 10h30, mon stock de biscuits embarqué au départ est épuisé par une fringale fatale dans les dix derniers kilomètres hier et les protéines volantes que j'avale régulièrement sont clairement insuffisantes. Je cherche désespérément une boulangerie dans cette campagne profonde.
11h30, je dévalise un Intermarché qui se trouvait sur mon chemin. Je ressors avec assez de sucre pour tenir une guerre et de quoi faire survivre une famille de 7 pendant mes 5 prochaines étapes. Ah, mais il ne reste que 2 étapes après celle-ci ? 30 minutes plus tard le stock qui ne rentrait pas dans mes sacoches, rentre dans mes sacoches, et je repars requinqué et prêt à affronter le désert boulangeresque.
Le long du canal latéral de la Loire, je slalome entre les centaines de chenilles qui pendent des arbres à environ 1m du sol. J'en collectionne une ribambelle qui s'accrochent à mon guidon au fil des kilomètres. J'arrive au pont canal du Guetin (c'est quand même une dinguerie d'infrastructure ces trucs là) au-dessus de l'Allier pour rejoindre le point d'entrée du canal avec une jolie écluse rotative. Je me permets un petit détour à Apremont-sur-Allier, plus beau village de France. Détour validé et recommandé. Rien à voir mais vous saviez qu'il y a une ville qui s'appelle Grenouille ? Voilà, c'est mon nouveau nom de ville préféré.
Je continue mon épopée et entre enfin dans le Cher. Je franchis la moitié kilométrique de mon étape, plus que 100km... Il est 14h et j'y crois, enfin je crois... je crois que j'arriverais au moins pour le dessert. Et avec raison, car j'avance bien. Le vent de face (qui s'est installé le long du canal) se retourne parfois et me pousse, et je suis encore d'attaque, ma moyenne monte. Puis, j'arrive dans un pays où les champs sont immenses, les haies inexistantes et les tracteurs 2 fois plus gros qu'ailleurs. Me voilà dans le Berry ! Le soleil tape depuis ce matin, j'ai chaud et je bois beaucoup. Je me demandais si je ne devais pas acheter des boissons aux électrolytes pour rester bien hydraté, mais le cocktail de pesticides naturellement présent dans l'eau de la région est probablement encore plus efficace !
J'aperçois enfin la cathédrale de Bourges, et quelques minutes plus tard j'arrive devant. Je cherche en vain un glacier pour me rafraîchir. A défaut, j'entre dans ma cathédrale préférée. Je reprends quelques forces et me dirige vers la statuette de fesses pour y faire une prière. Mais malheur, celle-ci est cachée derrière la palissade de rénovation. Quelle tristesse, alors que j'avais enfin compris l'utilité de cette curiosité. Je suis maintenant voué à souffrir du derrière jusqu'à Nantes.
Je repars le long du petit canal du Berry et découvre avec joie que mon GPS n'indique plus que 36km jusqu'à ma destination du jour. Alléluia ! Dernière étrangeté de la journée, par endroit, les arbres pleuvent.
Voilà, j'arrive enfin, 195km en 10h15 de pédalage. J'ai franchement hésité à faire 12 fois le tour du quartier pour franchir les 200km avant d'arrivée, mais je ne crois pas que j'en aurais eu la force, les derniers kilomètres ont été extrêmement difficile et j'ai la désagréable impression d'avoir deux blocs de béton a la place des cuisses. Heureusement, le Berry c'est aussi des gens super gentil, je loge chez l'oncle et la tante de Juline. Apres un diner royale et une bonne séance d'étirements, je m'apprête à dormir dans un lit bien confortable. Me voilà fin prêt pour continuer demain !
Jour 4
Je me réveille bien courbaturé, les morceaux de bétons dans mes cuisses se sont réduit, mais pas autant que je l'aurais espéré. Apres un bon petit déjeuner, et de nouvelles victuailles bourrées dans mes sacoches, je pars accompagné de Denis sur les premiers 25km. Tout se passe bien, malgré les courbatures on roule bien et la compagnie me fait du bien. Il bifurque à Villefranche-sur-Cher rte je continue sur le canal du Berry. Au passage de Chatillon-sur-Cher, je fais un petit détour pour dire bonjour à Pascal, l'oncle de l'autre côté de la famille de Juline.
Mais la montée pour y arriver (que je fais 2 fois, merci le GPS) me tue, et le passage des 50 kilomètres est une vraie difficulté, je n'avance plus. Je m'arrête à midi dans un chouette coin pour me restaurer et surtout pour faire une pause. J'ai un mal de fesses inimaginable et je regrette amèrement de ne pas avoir vu saint fesses de Bourges hier...
Je repars un peu plus en forme et la routine du pédalage s'installe jusqu'en Touraine. Il fait chaud, et le coup de soleil que j'avais pris hier commence à reprendre une couche. Heureusement on me dépanne un peu de crème solaire, ce qui, je pense, me permettra de ne pas finir ma journée en homard grillé. Je débarque tout à coup à Chenonceau dans une foule absurde. Je suis déboussolé, alors que je ne croise habituellement qu'une ou deux personnes par heure (en excluant les pécheurs). Je repars rapidement, et je profite des beaux villages et châteaux que m'offre la route jusqu'à Tours. Les 100km sont passés, la fin de l'étape approche.
L'arrivée à Tours n'est pas des plus belles, mais la perspective de me venger du manque de glacier de Bourges me motive plus que jamais. Alors que je m'engage dans la traversée de la ville, un cycliste m'interpelle pour me dire que la Loire à vélo reste bien au sud de Tours, pas besoin de traverser. Pourtant la trace que j'avais préparée me dit bien de passer par le nord car à la fois plus court et plus sécurisé. Il insiste tout de même et je décide de lui faire confiance, malgré les 40km supplémentaires que semble indiquer mon GPS. Je file le long du cher, poussé par un bon vent d'est, qui enfin m'est favorable. Quel bonheur.
Les kilomètres s'enchaînent, je passe par ce qui semble être une portion du Paris-Roubaix, et jjjeje prprend cheeerr. Je fais ma dernière pause goûter de la journée sur le coup des 17 heures, pour dégommer les mini cannelés que j'avais acheté lors de ma perte de lucidité à l'Intermarché. Finalement, comme quand on parle de consommation des voitures "5,2L au 100", j'ai fait le calcul, moi c'est "63 mini cannelés au 100".
Et sinon je voulais vous parler d'une entourloupe majeure, c'est qu'on parle des châteaux de la Loire, mais là ça fait un paquet de temps que je roule sur le bord du Cher, j'ai vu une tonne de châteaux, mais toujours pas de Loire en vue ! Bon, finalement j'arrive à la confluence, et c'est maintenant la Loire que je suis jusqu'au dessus de Chinon. 185km dans les pattes, et comme hier, passé les 160km ca devient vraiment dur. J'avance de plus en plus difficilement, et le camping repéré 10km plus loin me parait démesurément éloigné. Lorsque je croise le camping de la Fritillaire, toute force m'abandonne et je m'y arrête. Ça tombe bien, c'est super tranquille, alors c'est parti pour une bonne nuit !
Jour 5
Dernier jour, ouf. Ce matin, mes affaires sont encore humides d'hier, B O N heur total ! Les enfiler n'est qu'un court mauvais moment à passer. J'ai devant moi 9 ou 10h à passer sur une selle, alors, je relativise. J'ai dépassé le stade des courbatures, ça devient compliqué de descendre des escaliers, mais sinon ça va je n'ai pas trop mal. Je sens juste que mes jambes ne sont pas en mesure d'atteindre 100% de leur pleine capacité. Je dirais même que je suis à 60%. Je commence la journée tranquillement, je me sens prêt à finir ce périple dans les temps.
Une légère douleur au bras gauche me rappelle une chute idiote sur un demi-tour où je n'ai pas réussi à retirer mes cales pour mettre le pied à terre. Ça me rappelle qu'il ne faut pas faire attention qu'aux jambes, la position des bras peut aussi être source de tensions sur des durées pareilles, surtout quand on s'appuie sur les bras pour soulager l'arrière train. Au cours du voyage j'ai fait quelques yogas des bras en roulant, mais trop court et pas assez régulièrement pour m'épargner totalement d'une tension dans la nuque à l'arrivée.
Sinon, j'ai oublié de vous dire que je me suis fait une bonne frayeur au passage d'un dos d'âne abominable hier. Les sacoches ont pris un tel saut que l'une d'elle s'est prise dans les rayons de ma roue arrière dans un affreux CHTONG. Mon cœur bondi, et je voyais déjà la fin de l'aventure mais plus de peur que de mal, la sacoche est complètement tordue mais la roue va bien. Ouf.
Ce matin, mes fesses semblent anesthésiées, la douleur est supportable. Mon expérience, c'est que les 3 premiers jours, c'est une douleur d'appui, type bleu, qui disparaît assez vite. Ce qui fait vraiment mal, c'est la suite, les petits boutons des poils qui n'arrivent plus à sortir. Ça, ça fait vraiment hyper mal. Ça part aussi après quelques jours, c'est à dire qu'à partir de demain, quand je serais arrivé, je pourrais enfin faire du vélo sans avoir mal aux fesses...
J'avance, un peu rassuré pour cette dernière journée. Depuis que j'ai quitté ma trace (sur le GPS) à Tours, je navigue à vue. Heureusement, la Loire à vélo est excellemment indiquée et j'arrive à avancer dans la bonne direction. J'ai juste perdu la notion du kilométrage restant, et je stresse un peu à l'idée de retrouver ma trace avec un message de retrouvaille "plus que 212km !" En attendant, je traversée de splendides villages troglodytes, dont les falaises sont bordées de splendides demeures châteleresques encastrée dans la roche. Les rues sont emplies de parfums floraux, les oiseaux chantent, les abeilles dansent, c'est le bonheur. Je suis content que le cycliste m'ait redirigé vers cet itinéraire qui vaut carrément tous les éventuels kilomètres supplémentaires. Je me permets même quelques détours et visites rapides. Mais attention, avec modération, c'est facile au début, mais ça coute cher à la fin. C'est tout de même un risque calculé, car le vent qui doit me pousser sans efforts jusqu'à Nantes va se lever un peu plus tard. Enfin j'espère...
9h41, je sors de la carte. J'entre dans les limbes du néant blanc gpèssique. Je ne pouvais charger qu'un carré de carte de 450km par 450km sur mon GPS, et même en y ayant mis Grenoble dans le coin en bas à droite, je viens d'en sortir. Ça devient compliqué de suivre la poste cyclable et, en effet, à la sortie de Saumur, je me perds complément. Un coup d'œil sur le téléphone et me revoilà sur le bord de la Loire. Il semble que je ne sois plus sur l'itinéraire officiel, d'où la disparition des panneaux.
Je chemine maintenant sur la rive opposée à mon itinéraire initialement préparé. En attendant le pont idoine, je passe le musée de la pierre taillée, le musée du champignon et le musée de l'histoire du potager. De quoi diversifier les activités des touristes. De mon côté, je ne me lasse pas, la route que j'emprunte est magnifique, chaque village plus beau que le précédent. Il n'y a pas à dire, pour l'instant, la Touraine est le plus bel endroit de mon périple
Puis je traverse rive droite, les paysages et les villages changent. Le vent me pousse comme prévu, je file. Je croise mon premier panneau "Nantes 105km" pile au moment où je retrouve ma trace. Je suis heureux, et je me dis que vraiment, ça va être les 100km les plus facile de toute ma vie (oui, la perspective change un peu quand on roule sur des distances pareilles...)
Sur mon GPS, ma trace bleue s'inscrit au fil de mon avancée sur le fond blanc, en essayant tant bien que mal de coller à la trace rouge de mon itinéraire. Je m'imagine sur Orphée en plein milieu de l'atlantique à tirer des bords. Ça me rappelle de bons souvenirs. Il est 15h, le soleil tape, je me prépare d'indélébiles marques de bronzage de cycliste dès le début de la saison.
Puis, il ne reste que 60km jusqu'à Nantes. Encore une fois, la perspective sur ce voyage est trompeuse, mais c'est le signal que je suis presque arrivé. Bon, ça reste 60km. D'ailleurs, 10km plus loin j'ai un coup de mou. Mais je commence à avoir l'habitude, sur une telle distance, il y a des hauts et des bas, et il faut savoir ne pas s'acharner quand c'est un bas, et se laisser porter au rythme autorisé par son corps. On espère juste ensuite pouvoir rattraper la moyenne dans les moments de haut. Ça correspond au moment où l'anesthésie des fesses se dissipe, et là, clairement je sais que la fin va être difficile. J'ai beaucoup parlé de mes fesses alors pour changer de sujet, j'ai recroisé des arbres qui pleuvent, si quelqu'un sait à quoi ça correspond, ça m'intéresse.
J'attaque les 40 derniers kilomètres sur le bord des rails et de jolies falaises. C'est une véritable course contre la montre qui commence. Juline, partie à 10h de Grenoble, vient de passer Vierzon. En 6h de train, elle a déjà rattrapé 3 jours de vélo. Elle est en passe de me dépasser. Je me dis que c'est quand même dingue ce qu'on peut parcourir comme distance avec un vélo, mais que c'est encore plus dingue la vitesse des trains et des voitures. Je trouve quelques dernières forces insoupçonnées dans mes pauvres jambes qui me permettent de maintenir une moyenne à plus de 20km/h sur la fin. Et j'arrive à Nantes juste avant le train de Juline. Waouh. Ce périple de dingue. 874km en 5jours. C'est de la folie. Je suis hyper content et en même temps je ne réalise pas encore tout à fait ce que j'ai fait. La seule chose dont je suis sûr, c'est que je suis content de ne pas repartir à vélo demain !
Jour 6
Vous pensiez que c'était finit ? Et bien pas vraiment. Maintenant que le vélo est à Nantes, il faut bien le ramener. Enfin le ramener, pas exactement, parce que le week-end du 8 mai est prévu à Cahors. Alors, après la réussite du voyage Grenoble-Nantes, et un chouette week-end de repos de jambes avec Tanguy et Zoé, me voilà reparti direction Cahors, arrivée prévue mardi soir.
Départ de Nantes à 11h, pour une première étape un peu plus courte (138km de prévu) que d'habitude (c'est une façon de parler, ca ne devrait pas devenir une habitude si habituelle que ça). Tanguy m'accompagne jusqu'à Vertou puis je continue seul. Le temps est moche, ce qui contraste bien avec l'été des jours précédents. Les glaces sont un lointain souvenir, pour autant, les prévisions météo étaient bonnes au départ, et normalement je ne devrais pas prendre la pluie.
Echec total de la mission. Au kilomètre 25, grosse drache. Je m'abrite dans l'auberge de la Maine 30 minutes, le temps que le pire passe. Ça réduit et me voilà reparti, pour me faire rincer 10 minutes plus tard. Bon. Je fini dans un abris bus et je fais passer le temps en mangeant. Fâcheux cette pluie, je regrette presque d'être parti. À l'accalmie, je repars, pour que la pluie revienne 2 minutes plus tard. À ce rythme, je ne vais jamais arriver. Ça ne sert plus à rien de s'abriter lors du passage des averses car celles-ci sont constantes et je ne peux plus me fier au radar météo qui raconte manifestement n'importe quoi. Je m'équipe de mon arsenal anti pluie et me voilà reparti en affrontent le déluge de face. Mon équipement tient bon, et je ne serais pas mouillé du trajet, mais 3 heures sous la pluie ne sont jamais des plus agréables.
Je traverse la Vendée, c'est plutôt joli, ça monte et ça descend beaucoup, je cumule 800m de dénivelé sur la journée, mais je crois que c'est rien par rapport à ce qui m'attend les 2 jours qui arrivent. Je pensais que mon entraînement intense des 5 jours de vélo auraient rendu la tâche du jour facile, mais en fait, pas tant que ça. A minima je n'ai pas trop mal aux fesses, et c'est quand même déjà bien.
A la moitié du trajet, je dépasse un cycliste, Alexis, qui descend à Perpignan chargé comme une mule. On partage 10 kilomètres de pluie, mais ça nous rend plus fort d'affronter ça a deux. Je continue content d'avoir rencontré un autre cyclo voyageur, surtout le jour où j'aurais parié ne voir personne (c'est quand même le seul cycliste que j'ai vu de la journée).
La pluie ne se lasse pas, moi un peu. J'ai peur de finir mouillé au camping alors je fais appel à warmshower pour trouver un lit au sec. En plus ça me fixera un objectif pour le soir et je serais obligé de faire mon étape en entier.
A 18h, la pluie cesse enfin et mes affaires peuvent commencer à sécher doucement. Il me reste encore 37km jusqu'à Fontenay-le-Comte. Le vallonnement me frustre d'un pédalage rapide, mais je finis par arriver chez mes hôtes pour une bonne douche chaude, une session de nettoyage du vélo, un gros repas et un bon dodo.
Jour 7
Ce matin, il fait beau, la pluie n'est plus qu'un souvenir mais l'air s'est bien rafraîchi. Apres une nuit reposante, je repars optimiste pour cette nouvelle journée. C'était dans compter le vent nord est qui souffle fort dés 8h30. Ma trajectoire est globalement sud-est, j'ai donc le vent de côté, ce qui me ralenti quand même beaucoup.
Je visite le centre de Fontenay-le-Comte avant de m'élancer vers mon objectif du jour. Je traverse des champs dont je ne vois pas le bout. Les vendéens n'ont clairement rien à envier aux berrichons sur l'agriculture intensive. J'ai laissé derrière moi la forte odeur du colza pour découvrir celle des prisons de béton de ce qui me semble être du poulet de batterie. Je passe au pied d'éoliennes qui tournent à plein régime. Je me demande combien de kilomètres je dois pédaler pour produire l'équivalent en énergie de ce que produit un seul tour de ces mastodontes.
Sur mon chemin, je fais détaler des dizaines de lièvres. Comme hier, mon itinéraire croise régulièrement celui de la Vendée à vélo. Mais celle-ci n'est pas toujours super bien indiquée. Alors que je me dis que je vais essayer d'optimiser mon trajet en combinant mon itinéraire, celui de la Vendée à vélo et les routes que je visualise sur mon GPS comme étant le plus aligné avec la direction du vent, je fais demi-tour sur un premier chemin qu'un agriculteur à labouré pour agrandir son champ 300m après le croisement, puis je fais un détour totalement inutile quelques kilomètres plus loin. Je me jure (pour la 6ème fois depuis le départ de Grenoble) de ne plus faire ça et dorénavant, d'écouter mon GPS en toutes conditions.
2h30 après le départ, j'arrive à Niort. 40km. Je fais le plein de victuailles pour la suite. J'avais prévu le coup, j'ai ciblé un magasin bio, malheureusement j'arrive quand même avec une petite fringale. Je ressors avec 1 bon kilo de dates, pruneaux et noix de cajou. J'en profite pour déjeuner et je repars avec l'espoir que la situation ventesque s'améliore après Niort. La Vendée à vélo semble terminée, maintenant c'est la vélidéale que je croise régulièrement. Je traverse des champs de batailles imaginaires. Les détonations tout autour de moi somment les oiseaux de laisser quelques graines dans les champs. De quoi développer un véritable trouble de stress post traumatique pour les cyclistes de passage.
Mais je lambine. Les kilomètres ne défilent plus. Et ce n'est pas faute de mettre de l'énergie et de la volonté dans le pédalage. Je sais que je force plus que ce qu'il ne faudrait et que je vais le payer cher en courbatures. Je regarde mon compteur : 11km/h. Ça ne monte même pas. Ce vent est un enfer, véritable frein à mon avancement physique et à ma tenue morale. Finalement, après avoir côtoyé la pluie, mon ennemi numéro 1, toute la journée d'hier, on a appris à s'apprécier un peu. Avec le vent qui ne pousse pas, je sens que ça ne pourra jamais etre pareil. C'est ainsi que le vent devint mon ennemi juré. Je pense que je ne finirai pas l'étape d'aujourd'hui, ça me ferait arriver à 22h... Seules quelques haies et le jeu du vent avec les reflets du soleil dans les champs de blé encore vert me maintiennent le moral.
Heureusement, ma trajectoire finie par se courber légèrement vers le sud, où alors le vent tourne lui légèrement, ou alors c'est la sortie de la Vendée qui rend les paysages moins monotones, plus vallonnés, plus arborés et que ça casse un peu plus le vent. En tout cas, d'un coup, j'avance presque normalement. À 15h20, le seuil des 100km restant est franchi. 2km plus tard, c'est la moitié de l'étape qui tombe. Quel bonheur que de ne plus voir que 2 chiffres sur le nombre de kilomètres restants. Pour autant, ça fait encore de la route et je ne vois pas comment j'arriverai avant la nuit.
Depuis quelques heures, je guette l'horizon qui se noirci de nuages. Je suis optimiste, d'autant plus que pour le moment, la météo n'annonce rien. Mais arrivés au-dessus de moi, je vois bien qu'il y a risque de pluie. Je prends même quelques goûtes. Le radar de pluie indique effectivement le pire. Je vois que j'ai une trajectoire de collision avec un nuage à risque. Je sers les dents au passage de la masse sombre au-dessus de ma tête, mais la pluie ne vient pas. Pas tout de suite. C'est quand je crois que le nuage est passé que s'abattent sur moi de belles goûtes qui mouillent bien. Heureusement, je trouve abris sous un hangar agricole, et je repars sec, une fois la courte averse passée. Ouf.
J'avale tranquillement les kilomètres en regardant mon compteur passer les paliers. 90km restants. 80, 70. 60. 50. Il est 18h, une fringale fait son apparition malgré le goûter de 15h30. J'arrive à Rochefoucauld, spot de pic-nic parfait, en face du château de la famille en question. A partir de là, il me reste un peu plus de 210km et 2 bons gros kilomètres de dénivelé positif jusqu'à Cahors. Compliqué mais faisable si vraiment je veux m'arrêter plus tôt aujourd'hui. Mais depuis que je ne suis plus dans une lutte permanente pour arracher chaque kilomètre au vent de l'enfer, j'avance avec plaisir. Surtout que j'ai l'impression que l'entraînement jusqu'à Nantes a porté ses fruits, mes jambes et mes fesses vont bien. Alors j'avancerai jusqu'à que j'en ai marre. Mais quelque chose me dit que le challenge des 200km en une journée me poussera jusqu'au bout. En plus, j'ai justement trouvé un camping au kilomètre 200. Les planètes s'alignent.
J'attaque les 30 derniers kilomètres sur la Flow à vélo. La carte indique un tracé sur l'ancien chemin de fer, mais de manière surprenante, le tracé mène parfois droit dans la forêt, et les panneaux indiquent de passer par la route. Le budget a-t-il été sous-estimés ? Le maire a-t-il siphonné les financements pour agrandir sa maison ?
À 20h30, mon ventre crie de nouveau famine, il fait croire que la banane, les 3 poignées de cajou, les 3 biscuits, la date, les pruneaux et l'abricot sec n'étaient pas suffisant pour arriver jusqu'à la fin. Je vais devoir refaire mes calculs, il semble que la consommation de mini cannelés au 100km ne soit pas linéaire en fonction du kilométrage. Je recharge les batteries, et heureusement, car les 10 derniers kilomètres cachaient le plus haut sommet de la journée. Je suis récompensé par une belle descente jusqu'à mon camping à Saint Pardoux la rivière. 201km, 1300m de dénivelé. Je vais bien dormir !
Jour 8, le dernier
Une averse est passée tôt ce matin. Heureusement il commence à faire beau quand je me lève dans ce camping super mignon. Par contre ça caille. C'est l'inversion climatique, plus je descends vers le sud, plus il fait froid. Je prends mon temps ce matin parce que j'ai la flemme de me presser et c'est le dernier jour. Ce n'est pas une bonne idée mais tant pis. À 9h, j'enfourche mon vélo.
Je chemine d'abord sur la fin de la voie verte d'hier, passant sur divers viaducs bien aériens. C'est quand même fou de se dire qu'ils ont construit des chemins de fer quasiment partout et qu'on pouvait relier des petits villages au milieu de nulle part en train. Je me demande comment les ingénieurs déterminaient sans ordi le parcours de la voie pour conserver la pente sous un certain seuil en minimisant la longueur du parcours, la quantité de sol à creuser et le nombre de ponts à construire. Est-ce qu'ils arrivaient vraiment à regarder toutes les options ou bien un mec à son bureau traçait un trajet sur la carte qui lui paraissait pas pire et vérifiait ensuite que ça collait avec les contraintes ?
C'est à Thiviers que je me rends compte que je suis vraiment au milieu de la France profonde. Pas moyen de trouver une option végétarienne dans toutes les boulangeries du coin. Je dois pousser 20km plus loin pour trouver une tarte aux légumes.
Fini la voie verte, j'entame le parcours que j'appellerais "les 20 sommets les plus hauts et les plus raides du Périgord". Je croise d'innombrables élevages de canards et de fermes qui élèvent, gavent et cuisinent leurs canards sur place. Peut-être que si j'aide des canards à s'échapper ils pourraient m'aider en tirant mon vélo ?
J'arrive en Dordogne, les maisons et les petits villages sont magnifiques, ça donne vraiment envie de revenir se balader plus longtemps dans le coin. De la belle pierre, et une architecture qui semble typique de la région avec une tour qui semble être la base de la maison.
La pluie arrive finalement en début d'aprèm avec de gros nuages sombres qui parsèment le ciel, mais je slalome entre les rideaux de pluie. Je ne prends pas une goute. Ouf.
À la moitié du parcours, j'ai déjà 1200m de dénivelé dans les pattes, et je le sens. Et c'est loin d'être fini.
À 16h30, je vois mon premier panneau Cahors : 65km. Concomitamment, je reçois un SMS de mamie Nicole qui me dit qu'elle espère que ma journée a été moins dure qu'hier et que Villefranche n'est qu'à 58km de Cahors. Merci pour les pensées, mais je suis encore loin d'avoir fini, et puis je peux assurer que 58km c'est loin d'être à côté quand on n'est pas véhiculé ! Mais on va voir ce qu'on peut faire !
À 40km je décide de prendre la départementale, ma trace m'envoie vers des micro routes qui serpentent dans tous les sens avec des potentielles montées inutiles (oui je sais j'avais juré de bien suivre le GPS mais ça fait au moins déjà 3 fois que je n'ai pas tenu ma promesse depuis hier). Et effectivement sur le coup c'était gagnant. En plus, un gars en voiture s'arrête pour me proposer une douche et un lit si besoin. Mais pas besoin ce soir, puisque je vise Cahors !
Il n'y a pas trop de voitures donc je continue jusqu'à Saint Denis Catus.
Puis j'hésite, soit je recoupe par la départementale mais je risque d'avoir plus de voitures à l'approche de Cahors, soit je fais deux fois plus de dénivelé. Allez, il est déjà tard (20h) va pour la départementale. Mais, après 100m, une voiture me double en même temps qu'une voiture passe en face. Trop peu pour moi, je prends la première sortie de cette satanée départementale (merci les conducteurs du Lot) et retour sur l'itinéraire initial. De toute façon j'étais même pas fatigué, alors 150m de dénivelé de plus ou de moins...
Puis c'est la dernière montée, puis la dernière descente. Cahors, enfin, me voici ! Il est 21h30, j'ai roulé 11h pour 167km avec 2200m de dénivelé positif.
Je retrouve Amelie et Nicolas qui m'ont préparé un diner aux petits oignons. Et bah je suis content d'être arrivé !
Il se fait déjà tard, alors le bilan des cuisses c'est pour demain.
Bilan :
Après plus de 1400km à vélo, l'équivalent de plus d'un Everest gravi en dénivelé, le tout en 8 jours de vélo, c'est l'heure d'un petit bilan, après je ne vous embête plus, promis. Sauf si quelqu'un m'offre 6/7 jours de congés pour me permettre de rentrer à Grenoble à vélo !
Clairement, objectif bien atteint, plus facilement que ce que je ne pensais même. J'entends bien ceux qui crient au scandale en lisant ces lignes, mais franchement une fois la routine de pédaler imprégnée dans le corps et les quelques jours (bon, 5 quand même) de mal de fesses passés, j'avais l'impression de pouvoir pédaler à l'infini. J'ai envie de dire que vous n'avez qu'à essayer mais je vois bien que vous n'allez pas me croire. En fait, il suffit d'aller à votre rythme et d'écouter votre corps, et vous verrez que vous pourrez aller bien plus loin que ce que vous ne le pensez.
J'ai bien vu vos réactions face à la difficulté de la tâche, et c'est normal vu que j'ai concentré mes récits sur les défis et les peines que je traversais. Parce qu'en réalité j'ai aussi passé des heures plaisantes dehors, dans la nature, à profiter de beaux paysages, des animaux, du chant des oiseaux. Des heures à m'imprégner de la beauté de la France et des spécificités de chaque région que j'ai traversées. Et puis surtout, le bonheur et la fierté d'arriver à un endroit à la seule force des mollets. Le vélo c'est incroyable, et pas besoin de faire des centaines de kilomètres en une journée pour en profiter. Alors n'hésitez pas !
C'était l'occasion de réaliser, non seulement un déplacement sans émissions (sauf le surplus de mini cannelés engloutis), mais surtout un défi personnel. L'idée est venue parce que j'avais 6 jours de congés à poser avant la fin du mois de mai, ce qui venait parfaitement compléter les trois jours avant les 2 week-ends de 4 jours. Puis j'ai eu cette idée d'y aller à vélo que j'ai assez vite laissé tomber du fait de l'impossibilité apparente de la tâche. Mais c'était trop tard, l'idée était en tête, et je voulais voir si c'était faisable et si je pouvais le faire. Et puis il était annoncé de la pluie alors je ne me suis pas entraîné, et puis finalement il a fait beau, alors je suis parti.
C'est évident, mais le vélo c'est vachement plus cool avec le soleil. C'était une belle épreuve de traverser pluie et vent sur la deuxième partie et ça m'a montré que c'était quand même possible, pour peu d'être bien équipé et d'aller son rythme. Gaffe aux tendinites sur la durée mais après les 5 premiers jours, je me sentais bien résistant pour la suite. Je vous conseille quand même de commencer par le plat, notamment les bords de fleuve ou de canaux, les montées peuvent être difficile au début pour les jambes non aguerries, mais sur le plat, c'est juste une question d'adapter son rythme.
Sur des distances pareilles, je n'ai pas eu le temps de faire grand-chose d'autre que de pédaler, à part des micro visites stratégiquement placées pour me permettre de reposer mes fesses au fil de la journée. Mais avec un peu plus de temps, ça laisse l'occasion de voir plein de paysages ou de monuments incroyables. Ça m'a donné envie de revenir pédaler dans plein d'endroits que j'ai traversés. Sachez aussi, si quelqu'un est tenté par un défi du même avec autant de kilomètres par jour, qu'il ne sert à rien de porter des livres dans vos sacoches : ça alourdi pour rien.
Sinon je suis content d'avoir un bon vélo, qui me permet d'avoir une bonne position, mais surtout qui n'a eu aucun problème technique ou de crevaison sur un parcours si long.
J'ai croisé des villes aux noms sympathiques, j'ai vu Raymond et Charly, j'ai croisé Mouton, Saumon, Grenouille, je suis passé à Avoine, à Chez le moine. Bref, la France est pleine de ressources nominatives. J'ai vu des tonnes de déchets se décomposant sur les bords de route, des nids de poule par milliers, des troupeaux de vaches curieuses de toutes les races, des conducteurs incrédules me voir passer au milieu de nulle part. D'ailleurs j'ai trouvé que globalement les voitures font très attention aux vélos, à part quelques rares exceptions, c'était très agréable.
Bref, c'était un beau périple, n'hésitez pas à me demander pour des idées de destination où des conseils pour préparer une sortie.